SCAPHANDRES PARTY

 

Une performance improvisée comme terrain de jeu collectif, où fiction et fabrication du récit se confondent sous les yeux du public.

Entrer dans Scaphandres Party, c’est accepter une règle simple et vertigineuse : rien ne sera rejoué à l’identique. Ni les sons, ni les images, ni les mots, ni les gestes. La performance imaginée et dirigée par Samuel Ber ne repose pas sur une partition figée, mais sur une plongée collective dans le moment présent. Une immersion. D’où le titre : les artistes, comme les spectateurs, enfilent symboliquement leurs scaphandres pour explorer un territoire instable, mouvant, profondément vivant. Sur scène, musiciens, acteurs, vidéaste, éclairagiste. Tous visibles, tous engagés dans un même processus : celui de créer ensemble, en temps réel, une œuvre éphémère. Ici, la performance ne consiste pas à livrer un objet fini, mais à exposer un acte : l’acte même de l’invention.

Un royaume improvisé

Scaphandres Party se présente comme une performance interdisciplinaire improvisée. Mais cette définition, aussi juste soit-elle, ne suffit pas à rendre compte de ce qui s’y joue. Car ce qui se construit sous nos yeux ressemble moins à un spectacle qu’à un territoire en train de naître. Un royaume, pour reprendre les mots du projet, fait de chemins, de ruisseaux, de bifurcations et de zones multiples. Un espace mental et sensoriel où sons, lumières, images, corps et textes se croisent, se contredisent parfois, s’embrassent souvent. La musique — portée par les membres du trio Pentadox (saxophone, piano, batterie) — n’est pas un socle immuable : elle circule, se fragmente, se met au service du collectif autant qu’elle le bouscule. Les acteurs, Yoann Blanc et Faustine Boissery, ne «jouent» pas des personnages au sens classique. Ils manipulent des fragments de langage, de gestes, de récits, issus aussi bien de romans que de journaux, de poésies que de catalogues Ikea ou textes écrits en direct. La vidéaste Jeanne Cousseau et l’éclairagiste Sam Mary, quant à eux, fabriquent et transforment l’espace en direct, depuis le plateau même. Tout est visible. Les outils. Les hésitations. Les élans. La jubilation.

Une joie de l’invention

Ce qui frappe, à la sortie de Scaphandres Party, c’est la sensation d’avoir assisté à quelque chose de profondément ludique. Un jeu au sens noble. Une joie enfantine de l’invention, du détournement, de la distorsion. On imagine, on tente, on recommence autrement. Et parce que rien n’est fixé, le spectacle ne se referme jamais complètement. Il reste en suspens, comme une carte inachevée que chaque spectateur emporte avec lui. Le souvenir d’un instant partagé, unique, irréversible.

Dans un paysage culturel souvent dominé par la répétition et la reproduction, Scaphandres Party propose une autre voie : celle de l’expérience. Une expérience où l’on ne consomme pas une histoire, mais où l’on assiste à sa naissance. Où l’on plonge, ensemble, dans l’inconnu — avec la certitude que c’est précisément là que quelque chose de vivant peut surgir.

Par Marie-Gaëlle Verspecht

 DISTRIBUTION

  • Samuel Ber : Batterie & direction artistique
  • Yoann Blanc : Acteur
  • Faustine Boissery : Actrice
  • Jeanne Cousseau : Artiste vidéo
  • Sylvain Debaisieux : Saxophones
  • Bram De Looze : Piano & claviers
  • Sam Mary : Lumières
  • Vincent De Bast : Créateur sonore

➔ Ils sont passés par là : Rataplan in Antwerp / Théâtre National Wallonie-Bruxelles / Neimënster Abbey in Luxembourg

➔ Prochaines dates :

  • 2026